Association Sorézienne

SOREZE : Son histoire de douze siècles


Origines
Création de l'abbaye
Louis XVI
La Révolution
L'ère Lacordaire
Le 20ème siècle
Le texte de la plaque qui est dans la chambre de Lacordaire
Texte d'hommage au Père pour la messe de Pentecôte
La définition du maître d'école par Lacordaire
Les devises de la salle des illustres
La maison natale de Lacordaire
Bibliographie
Grandes dates de l'histoire de l'Abbaye et de l'Ecole
Notices individuelles

Origines

La naissance du village de Sorèze est indissociable de la fondation de l'abbaye. Sorèze vient du latin Suricinum, qui signifie Le petit Sor, plus connu aujourd'hui sous le nom d'Orival, mais qui a pourtant désigné dans un premier temps l'abbaye avant d'englober l'ensemble du village lui-même. L'histoire de Sorèze commence avec l'édification de l'abbaye Sainte Marie de la Sagne (beatae Mariae de Sanha) fondée en 754 par Pépin le Bref et confiée à l'ordre bénédictin.

NDLR : Cependant, dans leur somme historiographique, les Pères Dominicains Claude Devic et Joseph Vaissète ("L'Histoire Générale de Languedoc" datant de 1730 à 1745), écrivent dans leur livre IX au chapître LXXXIV : "Il n'est pas aisé de marquer l'époque précise de la fondation de l'abbaye de Sorèze. Elle éprouva, à ce qu'on prétend, les mêmes révolutions que celle de Joncels, et s'il faut ajoûter foi à quelques mémoires, peu authentiques au jugement des meilleurs critiques, elle fut détruite par les Sarasins et rétablie par le zèle et la piété de Pépin le Bref. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle subsistoit au commencement du neuvième siècle. Elle est située sur la petite rivière de Sor dont elle a pris le nom, à l'entrée de la plaine de Revel, l'une des plus vastes, des plus belles et des plus cultivées du roiaume, au pied de la montagne Noire qui fait partie de la chaîne des Cevennes, et à cinq grandes lieuës de Lavaur du côté du Midi. On prétend qu'elle portoit autrefois le nom de Notre-Dame de la Sanhe ou de la paix. Elle est encore aujourd'hui sous le patronage de la Vierge. La ville à qui elle a donné l'origine, est petite, mais très-agréable. C'est l'une des cinq principales du diocèse de Lavaur."

Les moines réalisent un tel travail d'assainissement et d'aménagement de la plaine que la population de Verdun, l'actuel Berniquaut, lasse d'habiter un site aride, décide de descendre de son oppidum pour fonder le village de Sorèze.

Ainsi, dès l'époque carolingienne, l'église joue un rôle considérable dans ce que nous appelons notre Montagne Noire. La vie contemplative de ces moines bénédictins ne les empêche pas d'être de remarquables défricheurs et bâtisseurs. Grâce à eux, une vie économique et agricole s'instaure peu à peu sur l'ensemble de la région. Malheureusement, il n'est pas possible de vérifier l'exactitude de la fondation de l'abbaye. Pour certains historiens, la vie à Sorèze débute en 754, pour d'autres, elle commence en 814 sous le règne de Louis I le Pieux, dit le Débonnaire, fils de Charlemagne et grâce à Pépin d'Aquitaine, fils de Louis, qui a créé dans tout le Languedoc de très nombreuses abbayes.

NDLR : Nous préférons nous arrêter aux dires des historiens les plus anciens : "Fondation de l'abbaye par Pépin Le Bref, fils de Charles Martel et père de Charlemagne, en 759, qui après avoir bouté définitivement les Sarazins hors de l'Aquitaine et du Languedoc, fonda de nombreuses abbayes. Noter que Pépin le Bref fut roi d'Aquitaine, premier du nom, et que son arrière petit-fils Pépin fut aussi roi d'Aquitaine, en gardant l'ordinal de Ier."

Les dernières invasions barbares et les nombreuses guerres de religion n'épargnent ni les hommes, ni les écrits, ni les bâtiments. Les simples fidèles et les seigneurs dotent leur abbaye de nombreuses richesses au risque d'attirer ainsi la convoitise des brigands.

Après le terrible passage des Normands, envoyés par Pépin II d'Aquitaine, réduisant l'ensemble des bâtiments de l'abbaye de Sorèze à un gigantesque tas de pierres, quarante années vont s'écouler.

Il faut attendre l'an 903 pour voir l'abbé Walafride, moine courageux, racheter et relever les murs de l'ancienne abbaye de Sorèze.

Au Xe siècle, l'abbaye ressuscite pour la deuxième fois. Les moines et les habitants du village vont alors mener pendant cinq siècles une vie presque paisible.

En 1062, elle s'unit à l'abbaye Saint Victor de Marseille (voir un extrait de la charte).

En 1273, l'abbaye abandonne son premier vocable de Sainte Marie de la Sagne pour prendre celui de Notre Dame de la Paix.

Mais l'histoire montrera plus tard qu'il était sans doute prématuré d'adopter ce vocable. En effet, les guerres de religion entre catholiques et protestants débutent au XVIe siècle. Sorèze est alors une petite ville fortifiée entourée d'un fossé rempli d'eau et protégée par de fortes murailles percées par de nombreuses portes dont il reste encore actuellement quelques vestiges, la porte malmagrade.

Le 5 Octobre 1571, une troupe de calvinistes pénètre par surprise dans Sorèze. Peu de sang sera versé, mais les destructions sont considérables; l'église abbatiale est brûlée avec ses chartes et ses archives et l'abbaye est pillée.

L'invasion du 5 Juin 1573 est plus grave. Plus de quatre vingts catholiques sont massacrés, l'abbaye est complètement démolie, les protestants brûlent les reliques, les titres et de nombreux documents, s'emparent des biens et des possessions du monastère. La nef de l'église paroissiale Saint Martin est également incendiée, seul le clocher subsiste de nos jours.

Il faut attendre la fin des guerres de religion pour voir s'édifier une nouvelle abbaye.
Le 26 Mai 1638, la première pierre de l'église abbatialle (l'actuel manège intérieur) est solennellement posée. Les bénédictins de la congrégation de Saint Maur, venus de Paris, engagent si activement les travaux qu'au bout de quatre ans l'abbaye est entièrement reconstruite. La bénédiction solennelle de l'église abbatiale se déroule le 8 Septembre 1642 et l'installation officielle de la congrégation le 25 Septembre suivant, sous la direction de Dom Robin.

L'abbaye possède ainsi de vastes et magnifiques bâtiments du XVIIe siècle s'harmonisant parfaitement avec l'évolution architecturale réalisée au cours des décennies suivantes.

Par Isabelle DARDY (1982/88)
Annotations en italique de l'Association Sorézienne.

Création d'une école dans l'abbaye

Dans ces bâtiments de grés et de pierres de ruisseau (pierres de Sorèze), Dom Jacques Hody, prieur, ouvre le 2 Octobre 1682 la première Ecole de Sorèze afin de rivaliser et d'éclipser l'Académie protestante de Puylaurens. Une vingtaine d'élèves vient en ces lieux pour recevoir un enseignement totalement gratuit. L'un des premiers élèves fut Claude Devic, né à Sorèze en 1670, et futur auteur de la monumentale Histoire du Languedoc. L'Ecole obtient très vite une grande renommée, mais en 1722 Dom Jérome Laferrière, prieur de Sorèze, ferme brusquement le collège saisissant le prétexte de la peste de Marseille pour rendre les enfants à leur famille.

C'était du moins la raison officielle.
En fait, selon l'un des moines de l'époque, " un peu de scandale causé par de jeune profès " aurait été un motif beaucoup déterminant, joint aussi à la nécessité de construire des bâtiments plus étendus.
L'établissement restera fermé près de trente deux ans, longues années durant lesquelles les religieux construisent d'autres bâtiments, notamment de nombreuses salles de classes et un très beau théâtre donnant sur la cour des Rouges.

La population locale, après maintes démarches, finit par obtenir la réouverture de l'Ecole. Ainsi, la venue en 1757 de Dom Victor Fougeras comme prieur de Sorèze donne une nouvelle vie à l'établissement. L'Ecole rouvre ses portes le 15 janvier 1759, jour de la Saint Maur. L'évêque de Lavaur y célèbre une messe pontificale, et à la tête de la maison est placé un éducateur exceptionnel, Dom Victor Fougeras.

Pendant la période de fermeture de 1722 à 1758, les Bénédictins ont toutefois accepté un petit nombre de jeunes gentilshommes de la contrée, parents de religieux, parmi lesquels un Chastenet de Puysegur futur archevêque de Bourges, un Combettes de Caumon neveu de Dom Vaissète, un Peytes de Montcabrier futur amiral, et un certain Picot de Lapeyrouse. (NDLR)

La modernité de son enseignement fera d'elle une école royale militaire

L'enseignement est résolument novateur. L'étude du latin et du grec n'est plus obligatoire et l'on favorise la connaissance des matières modernes telles que la géographie, l'histoire, les mathématiques et les langues étrangères. Les élèves peuvent éventuellement choisir leurs matières en fonction de leurs capacités intellectuelles et de leur future carrière.

L'Ecole de Sorèze est alors en quelque sorte une école de métiers avant l'heure. Cette modernité l'amène quelques années plus tard à porter le titre d'Ecole Royale Militaire.

L'établissement est marqué du sceau du roi Louis XVI.
Le 28 Mars 1776, le titre d'Ecole Royale Militaire tout comme la Flèche, Brienne, Pont à Mousson, pour ne citer que les plus célèbres (1) , lui est décerné. Louis XVI en fonde douze avec l'aide du comte de Saint-Germain pour réformer son armée un peu trop mondaine. Ainsi s'explique l'éclatement de l'Ecole Royale Militaire de Paris en douze Ecoles Royales réparties sur tout le royaume de France afin de former les futurs cadets pour l'armée royale.

L'enseignement donné à Sorèze prend alors des allures militaires. Des officiers de Paris viennent donner des cours d'art militaire, les professeurs habituels donnent des cours de religion, de lettres, de sciences. Une très grande place est attribuée aux sports.

L'éducation physique occupe une grande partie de l'emploi du temps des célèbres officiers, l'équitation, la natation (sport inattendu au XVIIIe siècle), l'escrime ont autant d'importance qu'un cours d'arithmétique ou de latin.

Sorèze offre ainsi sous le règne de Louis XVI un plan d'étude fort complet. Cet enseignement attire des jeunes gens de la France métropolitaine, des Amériques (principalement de Martinique et de Guadeloupe) et de toute l'Europe.

Par Isabelle DARDY (1982/88)

(1) Ces douze collèges étaient, dans l'ordre du Réglement du 28 mars 1776 qui les instituait : Sorèze (Tarn, Bénédictins), Brienne (Aube, Minimes), Tiron (Eure et Loir, Bénédictins), Rebais (Seine et Marne, Bénédictins), Beaumont en Auge (Calvados, Bénédictins), Pontlevoy (Loir et Cher, Bénédictins), Vendôme (Loir et Cher, Oratoriens), Effiat (Puy de Dôme, Oratoriens), Pont-à-Mousson (Meurthe et Moselle, Chanoines réguliers de Saint Sauveur), Tournon (Ardèche, Oratoriens), Auxerre (Yonne, Bénédictins) et La Flèche (Sarthe, Doctrinaires). Les archives de la Défense Nationale mentionnent également l'école de Dôle (Jura).

La révolution, le rachat par François Ferlus puis le déclin moral

Cette splendeur et cette renommée sont assombries par l'arrivée de la Révolution.
Elle va écarter un grand nombre d'élèves. Le supérieur Dom Despaulx et la majorité des enseignants religieux refusent le serment constitutionnel et quittent l'Ecole.
Le 9 Septembre 1793, les Ecoles Royales Militaires sont supprimées par la Convention. L'Ecole de Sorèze est mise en vente. François Ferlus, directeur de l'Etablissement à ce moment là, va sauver l'Ecole. Grâce à ses relations (le conventionnel Barrère, ancien élève de l'Ecole n'est-il pas son ami ...), il se porte acquéreur de l'Ecole dans le courant d'Août 1795.

L'acte de vente fut passé le 19 fructidor an IV (5 Septembre 1796).
Ferlus devient propriétaire de l'Ecole et du domaine de Saint-Michel pour la modique somme de trois mille cinq cent quatre vingt huit francs (mandat) et onze cent quatre vingt seize francs (numéraires). Il déclare en 1812 :
"j'ai été forcé de les acheter pour les soustraire aux démolisseurs".

Par ce rachat, l'Ecole devient un établissement privé et Ferlus est désormais chez lui.
Il s'entoure de son frère Raymond Dominique et dirigent ensemble l'éducation de jeunes soréziens dont l'effectif reste tout à fait honorable puisque jusqu'en 1819 les élèves sont au nombre de 460 aux dires du maire de Sorèze. La qualité de son enseignement est maintenue ainsi que sa réputation.

Cependant, très vite, Mgr de Frayssinous, grand maître de l'université, s'inquiète de " l'esprit de libéralisme et d'opposition " qui règne dans l'Ecole.

L'enseignement donné à Sorèze est jugé "vicieux par sa direction morale". Sorèze serait devenu un foyer d'irreligion et d'immoralité selon ses détracteurs.

Raymond Dominique Ferlus, qui a succédé à son frère à la direction de l'établissement, doit se démettre de ses fonctions le 1er août 1824. Il mourra le 1er mars 1840. Il est remplacé par son gendre Anselme de Bernard, polytechnicien et ancien élève de l'Ecole. Sorèze demeure quelque temps florissante, puis à partir de 1830 commence à décliner, concurrencée par d'autres établissements : Montolieu (Aude) et Castres (Tarn).

Le collège est à nouveau vendu et acheté par l'abbé Gratacap qui sacrifie une grande partie de sa fortune personnelle pour maintenir l'Ecole.

Par Isabelle DARDY (1982/88)

L'arrivée du père Lacordaire

Après cette période sombre, une page nouvelle va s'ouvrir pour cette noble institution.
Le père Lacordaire, le célèbre précheur de Notre Dame de Paris, à la suite de ses démêlés religieux avec la hiérarchie et en rupture de ban avec la politique, décide de se consacrer à l'éducation de la jeunesse. Il veut appliquer sa doctrine sociale de l'Eglise. Après avoir pris le Collège d'Oullins sous son aile, il se tourne vers Sorèze.

L'assemblée générale des actionnaires décide le 27 Juin 1854 de transmettre l'Ecole au père Lacordaire. Après la visite des lieux et l'explication des conditions financières, le père Lacordaire de l'ordre des Dominicains assume la direction de la maison.

Lacordaire en 1855

Pour l'aider dans sa tâche, il s'entoure de laïcs et de religieux. Les études retiennent particulièrement son attention ainsi que la formation morale et religieuse d'une jeunesse que le voltairisme qui sévissait sous la Monarchie de Juillet a profondément atteint dans sa foi et dans ses moeurs. Il redresse durablement l'institution à laquelle il consacre le reste de sa vie.

Le père Lacordaire meurt prématurément le 21 Novembre 1861 dans sa modeste cellule de l'illustre Ecole après avoir consacré les sept années de sa vie à la réalisation de sa vocation dernière, la création du Tiers-Ordre des enseignants dominicains.

Par Isabelle DARDY (1982/88)

Le XX ème siècle

La succession s'avère difficile. De grands éducateurs dominicains maintiennent la qualité et la réputation de l'Ecole jusqu'en 1914. Mais la persécution religieuse et les difficultés financières nuisent au recrutement malgré les efforts d'anciens élèves et de laïcs dévoués.

De profondes modifications économiques, notamment dans le midi de la France, pèsent de plus en plus sur le fonctionnement de l'Ecole. Les religieux se font plus rares et plus agés.

En 1940, L'Ecole de Saint Cyr se replie sur Sorèze. Après la deuxième guerre mondiale, le collège continue son oeuvre dans le cadre de l'enseignement privé associé à l'Etat.

Mais devant l'immensité de la tâche que constitue les trois hectares de toitures et de bâtiments à restaurer, et en raison de la raréfaction des vocations religieuses, l'Ordre des Dominicains décida de passer la main en 1978 à un groupe de laïcs qui veut continuer la belle aventure de l'Ecole de Sorèze.

Ce groupe, composé d'anciens élèves, de notables locaux et d'enseignants, tente pendant plusieurs années de maintenir la flamme, en vain, car en 1991, l'Ecole de Sorèze ferme ses portes sur un passé prestigieux, laissant un patrimoine monumental et historique exceptionnel que les promeneurs découvrent niché au pied de la Montagne Noire.

Mais ce patrimoine où "souffle l'esprit" n'est pas prêt de mourir. Sous d'autres formes, il renaîtra sans doute des éternelles valeurs de Sorèze.

Depuis, l'Association Sorézienne, comme elle l'a toujours fait depuis 1855, maintient l'esprit et la cohésion de ses membres. Si depuis 1991, l'Ecole est fermée, des projets naissent, d'autres meurent, mais son esprit est toujours vivant et la volonté de rendre vie à notre chère Ecole est partagée par nous tous. L'Association s'y emploie.

Par Isabelle DARDY (1982/88)

Le texte de la plaque qui est dans la chambre de Lacordaire

Le Révérend Père en Dieu
Frère Henri-Dominique LACORDAIRE
Maître en Sacrée Théologie
Membre de l'Académie Française
après avoir étonné son siècle
par son éloquence et ses vertus
rétabli en France
l'Ordre de Saint Dominique
fondé le Tiers Ordre Enseignant
et consacré à cette École
les sept dernières années de sa vie
a rendu son âme au Seigneur
pieusement et humblement
le 21 novembre 1861, à l'âge de 59 ans.

Texte d'hommage au Père pour la messe de Pentecôte

18 janvier 1823 : audience de routine au Palais de Justice de Paris. Dans une modeste salle, froide et mal éclairée, siège le tribunal correctionnel. La prévenue, voleuse à la tire professionnelle, attend l'inévitable verdict avec indifférence ; mais son avocat se lève pour la défendre.

Lacordaire en 1837


Il a vingt ans, un visage long et fin, d'immenses yeux noirs, un léger sourire doux et intelligent "La cause était détestable, racontera-t-il, mais je voulais m'assurer que je plaiderais sans crainte et que ma voix serait assez forte. Je me suis convaincu, par cette épreuve, que le sénat romain ne serait pas capable de m'effrayer." Fière conclusion qui donne des ailes au jeune stagiaire. Un an plus tard, il impressionnera par son éloquence le grand Berryer lui-même, le ténor du barreau. Pour l'heure, Henri Lacordaire se rode. Il fait l'expérience de l'exceptionnelle facilité de parole qui sera la sienne toute sa vie. Devenu prêtre, il remuera les foules, magnétisera les jeunes gens, convertira les âmes. Ses conférences à Notre-Dame de Paris et ses prédications historiques à Nancy, Bordeaux, Grenoble, Toulouse, trouveront un écho dans les articles brûlants qu'il rédige pour L'Avenir, Le Correspondant, L'ère nouvelle, ces journaux qui redonnent confiance aux catholiques en ce début du XIXe siècle. Fin 1833, l'Abbé Lacordaire doit répondre à la demande de l'Archevêque de Paris, Mgr de Quélen qui l'envoie donner des conférences à Stanislas. La cour et la ville s'agitent autour de ce projet. Confier des jeunes à un ancien disciple et ami de l'abbé de Lamennais, quelle imprudence ! Un vent nouveau va se lever où se heurteront le drapeau des routines en face du drapeau d'un chef de file. Les élèves s'installent dans la chapelle. Et voici qu'ils se voient bousculés, poussés dans les coins. Quels sont donc les audacieux qui prennent leurs places ? Cette conférence va-t-elle tourner à la bagarre ? Mais les jeunes gens emplis soudain d'un respect inattendu, s'inclinent: ils ont reconnu Chateaubriand, Hugo, Balzac, Vigny, Lamartine. Le succès est tel, qu'on est obligé de construire une tribune ! Personne n'a bronché. On écoute suspendu aux lèvres de l'orateur, cette parole neuve, vibrante, sachant faire jouer les cordes les plus secrètes de toutes les sensibilités, de toutes les intelligences en quête d'idées vivantes et d'expressions nouvelles : "Le premier arbre de la liberté a été planté, dans le Paradis, par la main de Dieu". Lorsqu'il entreprendra de rétablir en France l'Ordre des dominicains, chassé par la Révolution, aventure étonnante, Lacordaire saura triompher des obstacles grâce à son éloquence, "ce quelque chose de poignant et d'inimitable qui atteint les cordes les plus intimes de l'âme", dira son ami Montalembert.

Le Comte de Montalembert


Enfin, retiré au collège de Sorèze pendant les dernières années de sa vie, il n'en continuera pas moins son apostolat de la parole, exhortant et enseignant sans fin, pour le plus grand bonheur de ses élèves. C'était chose faite le 8 août 1854 : Lacordaire entre à Sorèze et y installe le noviciat du Tiers ordre enseignant, qu'il avait fondé à Flavigny pour reprendre en 1852, le collège d'Oullins. Loin d'être "un enterrement", comme Montalembert appelait cette nouvelle étape de sa vie, désolé de l'étrange tournure que prenait le destin du grand prédicateur, "Sorèze est un asile et un bienfait. Le collège est bien beau. Je m'y plais infiniment", écrivait Lacordaire. "Je suis comme un père de famille qui a embelli la demeure de ses enfants [...]. Jeune, j'aimais le bruit et la gloire ; aujourd'hui, le repos d'une obscurité utile est le seul bien qui m'attire." Il définit le programme des études, édicta le règlement de discipline et mit au point le calendrier de ses interventions personnelles devant les élèves. Sans s'imposer, il réussit dès le début à se faire aimer et à ouvrir les coeurs à la foi chrétienne trop longtemps soumis aux préjugés voltairiens De plus, il développa la conscience des responsabilités en conservant la tradition militaire du Collège et fit de l'émulation intellectuelle la base de sa méthode.

Le salon des tapisseries (des Gobelins) en 1888

Le soir, il réunissait les meilleurs élèves autour de lui dans le grand salon du collège, pour un moment de détente et d'échange : "Ces entretiens familiers, raconte le Père Chocarne, alors son adjoint, étaient une véritable récréation. Il racontait des anecdotes, parlait de sa mère, du lycée de Dijon, de ses espiègleries d'écolier [...]. En se faisant enfant avec ses enfants, [...] maître habile, il savait appeler à temps la réflexion et exercer la rectitude du jugement ". Bâton à la main, il conduisait aussi ses élèves en promenade dans les collines environnantes, et, assis au pied d'un arbre, se délectait d'oeufs durs et de salade tout en bavardant gaiement... Cette image insolite et bucolique ne doit pas faire oublier toute la formation religieuse qu'il donnait aux enfants à travers causeries, confessions, prédications, et l'insistance toute particulière qu'il mettait sur le patriotisme et sur la volonté : "Messieurs, disait-il à ses élèves, vous allez rentrer dans le monde, soyez-y des hommes. Ayez une opinion surtout [...], comptez-vous pour quelque chose, sachez vouloir et vouloir fièrement [...]. Si vous le faites, vous serez de grands citoyens." Après une fête séculaire qu'il organisa en 1857 avec le plus grand éclat, il décida de quitter la direction effective de l'école, mais en resta l'âme. Malgré les dernières tâches de sa vie : la fondation des couvents de Dijon et de Saint-Maximin, le second provincialat, ou les conférences de Toulouse, il ne quitte plus Sorèze et y écrit les trois grandes "Lettres à un jeune homme sur la vie chrétienne." (Cerf), adressées en particulier, a l'un de ses meilleurs élèves, le futur R.P. Emmanuel Barral de Barret (1849/1853), dont le buste figure à Sorèze, dans la Salle des Illustres. Il nous laisse dans ces magnifiques pages l'essentiel de sa pensée. Il y dénonce l'embarras et l'hésitation politique de son temps, et lance cette phrase profonde pour l'expliquer : "La foi, qui est le fondement le plus élevé de la justice, ne fait pas contrepoids en nous, au penchant qui nous porte à rejeter le droit qui nous gêne, c'est-à-dire la liberté d'autrui."

Lacordaire en 1840

Confiant dans les fondements de la religion catholique et dans les vertus de la patrie, il affirme dans la première lettre à Emmanuel, datée du 24 février 1858 : "La France est l'inexpugnable forteresse où Jésus-Christ défendra la liberté des siens [...]. Mon fils, il vous faut combattre et convaincre [... ]. Ne dites pas : je veux me sauver. Dites-vous : je veux sauver le monde. C'est là le seul horizon digne d'un chrétien, parce que c'est l'horizon de la charité.". Fidèle à lui-même et à la conviction de toute sa vie, à savoir l'engagement du chrétien dans la société, il ajoute : "La patrie est notre Eglise du temps, comme l'Eglise est notre patrie de l'éternité [...]. Elles ont toutes deux le même centre qui est Dieu, le même intérêt qui est la justice, le même asile qui est la conscience, les mêmes citoyens qui sont le corps et l'âme de leurs enfants [...]. Notre patrie est le sol qui nous a vus naître, le sang et la maison de nos pères, l'auteur de nos parents, les souvenirs de notre enfance, nos traditions, nos lois, nos moeurs, nos libertés, notre histoire et notre religion. Quant au gouvernement, il n'est pour nous qu'un moyen de conserver tous ces biens dans leur ordre et leur sécurité, et s'il trahit sa mission, il faut lui tourner le dos en gardant sa foi et son patriotisme. Quand Néron gouvernait le monde" conclut Lacordaire "Rome continuait d'exister dans ceux qui l'aimaient, et son forum désert était la patrie de ceux qui en avaient encore une." A Sorèze, Lacordaire n'en revint pas moins à la une de l'actualité avec son élection inattendue à l'Académie Française le 2 février 1860, au fauteuil de Tocqueville. Montalembert en fut l'un des artisans, enflammé à l'idée de consacrer ainsi la victoire de l'Église sur "les préjugés voltairiens". Il s'y résigna et amaigri, affaibli, déjà malade, il prend place sous la coupole le 24 janvier 1861, reçu par l'ancien ministre, le calviniste cévenol Guizot, en présence de l'Empereur et de l'Impératrice. Son discours de réception est la dernière occasion qui lui est donnée d'affirmer ses convictions. En faisant l'éloge de son prédécesseur, il fait l'éloge de la liberté et dénonce le despotisme aussi bien que la démagogie, son discours fut médiocrement apprécié par le pouvoir comme par l'opposition, même s'il obtint un succès légitime auprès des intellectuels. Il ne siégera jamais avec ses pairs. Rongé par un cancer, sentant l'heure arriver, il avait bien consenti à écouter ses médecins, à prendre les eaux à Rennes-les-Bains, dans l'Aude, mais il avait très vite regagné Sorèze. Il ne mangeait presque plus, dormait mal et subissait l'aggravation constante de sa maladie. Malgré l'aide de son un vicaire, il finit par démissionner de son provincialat dominicain en août 1861. A la fin du mois de septembre, Montalembert accourut pour le voir et fut épouvanté par "ce fantôme" qu'il serra longuement dans ses bras, les yeux pleins de larmes. "De ma vie, dira-t-il, je n'ai éprouvé de saisissement semblable ; je n'ai jamais vu une plus effrayante beauté."

La chambre de Lacordaire

A sa demande, son ami trouvera, jusqu'au 24 octobre, la force de dicter ses souvenirs, testament authentique de ses convictions. Le Père Henri Dominique Lacordaire mourut le 21 novembre 1861. La veille au soir, il s'était soulevé sur son lit pour dire : "Mon Dieu, ouvrez-moi, ouvrez-moi !". Sa mort fut saluée comme une perte irréparable, les hommages s'amoncelèrent autour de son cercueil de bois et plusieurs milliers personnes vinrent s'incliner sur sa dépouille. Tout le monde savait que ce prêtre exceptionnel resterait une des grandes voix religieuses de son siècle. D'abord, au vrai sens du mot : Malgré quarante ans d'un silence imposé par la tourmente révolutionnaire et le triomphe des philosophes, l'éloquence chrétienne avait été rénovée magistralement, par ce prêtre convaincu et décidé à ouvrir un lumineux passage à la Parole de Dieu dans l'opacité de son époque. Ensuite, Lacordaire avait mis en exergue la logique évangélique en réconciliant Dieu et la liberté, "l'Incarnation proclame la divinité dont les hommes portent en eux l'image et qui donne à leur liberté un caractère sacré". Enfin, parce que lui qui avait oeuvré toute sa vie pour "rallier à l'Eglise les sceptiques au nom de la raison, les démocrates au nom de la liberté, les pauvres au nom du Crucifié" ; lui qui avait su ouvrir des perspectives spirituelles aux héritiers de 1789, il avait eu l'audace de rétablir en France l'ordre de Saint Dominique! Pourtant, son intuition ne l'avait pas trompé, rajeuni et enrichi des multiples facettes, spirituelles et humaines de Lacordaire, l'Ordre des Prêcheurs apparaissait d'une étonnante modernité.

L'inauguration de la statue le 23 juillet 1888, vers 15 heures

Mais, au-delà des dominicains, ce sont tous les chrétiens qui lui sont redevables de cette évolution qui a transformé les "croyants silencieux" en "libres citoyens" du monde nouveau. Et, au-delà encore, tous les hommes que son message peut conforter dans l'espoir toujours renouvelé d'une rencontre avec ce Christ auquel lui-même s'était totalement abandonné. De son destin, il avait dit un jour : "Je n'ai jamais fait ce que j'avais choisi. Dieu m'a changé douze fois de lieu et quinze fois de position. Maintenant encore, ce qui fait ma force, ce qui me rassure, c'est que je ne fais pas ce que je veux. Mais c'est Dieu qui le veut; c'est là ma force, mon soutien, ma vie."

La définition du maître d'école par Lacordaire

Qu'est ce donc qu'un maître ? Je vous dirai : sortez de toute idée de commandement, de juridiction, de discipline, de pouvoir sous une forme ou sous une autre ; car là n'est point ce qui fait maîtres. Nous le sommes dans une acceptation tout autrement élevée, qui nous protège contre les craintes de l'orgueil, en même temps qu'elle nous avertit de la grandeur et des périls de notre mission. Nous sommes maîtres parce que nous sommes initiateurs ; nous sommes maîtres au sens où le sauveur du monde disait à ses disciples : " ne vous appelez point maîtres ; car c'est moi seul qui le suis pour vous. C'est à dire ne faites pas comme les sages qui enseignent la vérité en leur nom et se donnent pour les pères de la doctrine". C'est la pensée qui est le siège de notre pouvoir. Il nous vient des régions qu'habitent la vérité, la beauté, la justice, l'ordre et la grandeur, tout ce qui fait de l'homme un être divin et de l'enfant un être qui a la vocation de devenir un homme [...] l'âme est la patrie de la vraie liberté et la liberté s'y fait par la science et la vertu.

Les devises de la salle de illustres

Messieurs, nous sommes à une époque où la noblesse c'est le travail. vous avez des erreurs à vaincre et la monde à gouverner par l'ascendant de l'intelligence et du dévouement.

Sorèze est une école où la religion, les lettres, les sciences et les arts se partagent les heures d'un jeune homme afin de jeter en lui les fondements d'une vie d'homme. *

La citation exacte de Lacordaire est : "Sorèze, c'est une Ecole où la Religion, les lettres, les sciences et les arts, c'est-à-dire le divin, le vrai, le réel, le beau et l'aimable se partagent les heures d'un jeune homme et se disputent son coeur pour jeter en lui les fondements si difficiles et si complexes d'une vie d'homme."

La maison natale de Lacordaire


Jean-Baptiste-Henri Lacordaire

Né le 12 mai 1802 à Recey sur Ource (Côte d'Or), en Bourgogne,
l'origine de la famillle est Bussières-les-Belmont (Côte d'Or),
où son père meurt le 4 août 1806, jour de la St Dominique.


1812 : Elève au lycée de Dijon
1819 : Etudiant à l'Ecole de Droit de Dijon
1822 : Avocat stagiaire au barreau de Paris
1824 : Retrouve la foi catholique perdue durant son adolescence et entre au séminaire d'Issy
1827 : Ordination le 22 septembre
1830 : Fondation avec LAMENNAIS et MONTALEMBERT du journal L'Avenir dont la devise est Dieu et la liberté
1831 : Ouverture à paris de la première école libre
1832 : Le Pape condamne leqs doctrines de L'Avenir. Soumission de Lacordaire et rupture avec Lamennais
1834 : Conférences au collège Stanislas
1835 : Première conférence à Notre Dame de Paris
1836-1839 : Départ pour Rome et entrée dans l'Ordre des Frères Prêcheurs le 9 avril 1839
1841-1849 : Restauration en France de l'Ordre des Frères Prêcheurs
1843-1851 : Deuxième série des conférences à Notre Dame
1848 : Fondation du journal L'Ere nouvelle. Député de Marseille
1852 : Fondation des collèges dominicains
1854 : Entre à Sorèze comme directeur
1861 : Réception à l'Académie Française le 24 janvier
1861 : 21 Novembre, mort de Lacordaire

Vit à Sorèze d'août 1854 au jour de sa mort à Sorèze
le 21 novembre 1861.

Un document en occitan avec dix vers de Paul Assemat

Bibliographie

AuteurDateOeuvre
ArchivesArchives de l'Ecole
ArchivesArchives municipales de Sorèze
ArchivesArchives de la Guerre (Y a 415, Dossier Sorèze)
ArchivesProspectus de l'Ecole de Sorèze, Archives départementales du Tarn (L 518 24)
RevuesDifférents articles dans La Revue du Tarn
Dom FERLUSMontpellier 1787Le patriotisme chrétien (discours prêché aux Etats du Languedoc)
Dom FERLUSidemLa cour du collège (discours prononcé avant la distribution des prix)
Dom FERLUSToulouse 1791Le génie dans l'homme public (Eloge funèbre de Mirabeau)
Dom FERLUSParis 1791Projet d'éducation nationale (présenté à l'Assemblée Nationale le 10 juillet 1791)
Général MarbotMémoires - Editions Lacour-Gayet- Paris - 1966)
Jean-Antoine CLOSToulouse 1822Notice historique sur Sorèze et ses environs
Anacharsis COMBESToulouse 1847Histoire de l'Ecole de Sorèze, édité par Jougla
L. DARDECarcassonne 1852Notice historique sur l'Ecole de Sorèze
Jules LACOINTAParis 1881Le Père Lacordaire à Sorèze
Editions Edouard PRIVAT1902Les soréziens du siècle (1800-1900), réédité en avril 2002 par les soins d'Anne-Marie Denis.
.Toulouse 1911L'Ecole de Sorèze pendant la Révolution
Révérend Père BURTIN1954L'arrivée du R.P. Lacordaire à Sorèze (dans La Revue Sorézienne)
Révérend Père DASTARAC1954Le passé de Sorèze (dans La Revue Sorézienne)
Jacques Fabre de Massaguel (1939-1950)1958L'Ecole de Sorèze de 1758 au 19 Fructidor an IV
José-Marie BOUCHET1960Les cadets de la Montagne Noire, et autres oeuvres
Colloque1976Les actes du colloque international de Sorèze, 1976, LE REGNE DE LOUIS XVI et la Guerre d'indépendance américaine. (Abbaye Ste Scholastique, Dourgne), avec notamment un long chapitre de Jacques Fabre de Massaguel sur l'enseignement à l'Ecole de Sorèze sous Louis XVI
Jacques Fabre de Massaguel (1939-1950)2000L'Ecole de Sorèze de 1758 au 19 Fructidor an IV, réimpression par la Librairie Denis à Sorèze
Colloque2000Colloque des 26 et 27 octobre 2000 : Sorèze, l'intelligence et la mémoire d'un lieu.
René RAMOND (1943-1947)2001A la recherche d'Elisa, en occitan et français
Marie-Odile MUNIER2005Son ouvrage sur l'Ecole disponible à l'abbaye-école (abbaye-ecole.soreze@cg81.fr)
Editions Anne-Marie DENIS2005Les Soréziens du siècle, 1901-1991, disponible dans sa première édition à la librairie Denis, à Sorèze, comme la plupart des autres références proposées ici.
André MATHIS (1941-1946)2005Originaire de Narbonne, où il naquit le 5 mai 1929, André Mathis fut élève de l'Ecole de 1941 à 1946. Il a écrit un petit journal personnel de janvier à novembre 1944, lorsqu'il était chez les Bleus. Ce journal a été édité en 2005 par Anne-Marie Denis.
Marie-Odile MUNIER2006Son dernier ouvrage sur la salle des Illustres de l'Abbaye-Ecole de Sorèze disponible à l'abbaye-école (abbaye-ecole.soreze@cg81.fr)

Les grandes dates de l'Abbaye et de l'Ecole

DateEvénement
754 ou 759Fondation de l'abbaye de Notre-Dame de la Sagne, par Pépin 1er (Le Bref), roi d'Aquitaine
817Bertrand, 1er abbé de l'abbaye connu
843Walfred, abbé
864Destruction de l'abbaye par les normands
904Destruction totale par les normands. Walafride, abbé, vend le prieuré de Saramon (Gers) pour pouvoir reconstruire le monastère
937Dacbert (ou Dorbertus), abbé originaire d'Agde, assista au Concile d'Ausède le 15 août 937 pour la dédicace de l'abbaye de Saint Pons de Thomières
961Testament de Raymond 1er, comte de Rouergue et marquis de Gothie. Légua des domaines à l'abbaye Notre Dame de Sorèze
970Reynald, abbé
Nov 1062Union à l'Abbaye de Saint Victor, de Marseille, par Frotaire, evêque de Nismes, frère de Bernard-Aton III, vicomte d'Albi et de Nimes.
1071Sur le conseil de Frotaire, évêque de Nimes, le cardinal Hugues le Blanc, légat du pape Alexandre II, autorise les religieux de Sorèze à élire un abbé. Ils élirent Raymond
1071Durand, évêque de Toulouse, confirme l'abbaye dans tous ses biens
1093Don à l'abbaye de Sorèze et à son abbé Pierre par Gérard et AYmeric de Rochefort
1095Réforme des diverses abbayes de la province
1024Seniorellus, abbé
1034Frotaire, évêque de Nimes fils d'Aton II et frère d'Aton III, vicomte de Nimes et d'Albi, est l'avoué des abbayes de Sorèze, Castres et St Salvi d'Albi
1100Sécularisation de l'abbaye
1118Soumission à l'abbaye Saint Pierre, de Moissac
1119Bernard-Aton, vicomte, réforme l'abbaye de Sorèze, la rétablit dans la régularité, elle qui s'était sécularusée, et la soumet à Roger abbé de Moissac et à ses religieux, qui ordonnent que les comtes de Toulouse n'auraient aucun domaine sur elle, mais seulement le vicomte Bernard et sa postérité.
1153Guilherme, abbé
1209-1321Guerre des Albigeois
1212Simon de Montfort à Sorèze, après la prise de Puyvert
1242Pierre, abbé
1273L'abbaye prend le nom de Notre-Dame de la Paix
127xFête de Pâques à l'abbaye, où Philippe III le Hardi tient Parlement pour juger les affaires de la province (prétendument ...)
1289Aimeric, abbé de Notre Dame de la Paix
1301-1302Philippe IV le Bel, venu à Toulouse pour réorganiser le Languedoc, séjourne à Sorèze pour la sainte quarantaine
1327Aymeri, abbé de Sorèze et collecteur de l'impôt levé par Jean XXII
1368Philippe, abbé de Sorèze, est vicaire général d'Arnaud d'Albert, archevêque d'Auch, et est envoyé au Concile général des trois provinces de Narbonne, Toulouse et Auch, qui s'assembla à Lavaur
1377Prise de Sorèze par les Grandes Compagnies, la ville est saccagée mais le monastère est épargné
XVème sièclePériode de relative paix
146XRichard de Langueil, abbé
1493-1508L'abbé Florent Galaup agrandit l'église et construit la maison abbatiale
1509A la mort de l'abbé Galaup, reconstruction de l'abbatiale par l'abbé Pierre III
1560Début des guerres civiles
15715 octobre, destruction partielle et pillage par les Huguenots Calvinistes. L'église abbatiale est brûlée avec ses chartes et ses archives.
15735 juin, prise de la ville et destruction du monastère, sous la direction de Thomas de Durfort, seigneur de Deyme. Destruction de l'église paroissiale Saint Martin. Les religieux cherchent refuge dans la montagne
15803 mars, Prise de Sorèze par les catholiques sur les religionnaires de Henri de La Tour, comte de Turenne
158014 septembre, attaque du village par les religionnaires, qui tuent 80 catholiques et font yous les autres prisonniers
1601Essai provisoire de reprise de la vie conventuelle
1611 et 1613Quelques religieux demandent asile à Dourgne
1636Louis XIII offre l'abbaye, en ruines, à Dom Barthélémy De Robin, moine de Compiègne
1638Pose de la première pierre de l'abbatiale. Mise en forme de la réforme de l'ordre de Saint Benoit. L'abbaye est confiée à la Congrégation bénédictine de Saint Maur.
1645-1648Priorat de Dom Guillaume-Anselme Antheaume, mort à St Thibéry le 13.1.1656
1648-1651Priorat de Dom Joseph De La Roque, mort à Bordeaux le 18.10.1665
1651-1654Priorat de Dom Grégoire Bandel, mort à Aniane le 7.8.1662
1654-1660Priorat de Dom Bernard Boirie
165612 avril, mort de Dom De Robin. Reconstruction de l'abbaye et des lieux conventuels, sous la direction de Dom R. Plouvier
1660-1663Priorat de Jacques Ildefonse Viguier, mort à Bourges le 31.7.1680
1663-1666Priorat de Dom Lancelot Placide Du Verger, mort à Ste Croix de Bordeaux le 24.12.1678
1666-1669Priorat de Dom Pierre Bertrand Bésiat, mort à La Daurade le 24.7.1675
1669-1672Priorat de Dom Paul Saporta, mort à Mas Grenier le 12.5.1708
1675-1678Priorat de Dom François D'Isard De La Roche, mort à Aniane le 26.10.1700
1678-1681Priorat de Dom Jacques de Hody
168012 octobre, inauguration du Collège
1681Priorat de Dom Michel Meau, mort à Sorèze le 14.4.1684
1682Ouverture du séminaire par Dom Jacques de Hody, prieur de La Daurade, avec une vingtaine d'élèves
1684-1690Priorat de Dom Paul Saporta
1690Priorat de Dom Antoine Gabriel Marcland, mort à St Denis le 3.11.1727
1693-1699Priorat de Dom Charles d'Issart de Villefort, mort à Paris le 25.7.1726
1699-1705Priorat de Dom Louis Fuilha, mort à Montolieu le 13.10.1713
1705-1708Priorat de Dom Louis Ferrier, mort à La Réole le 25.8.1711
1708Priorat de Dom Jean-Paul Du Sault, mort à St André de Villeneuve lès Avignon le 17.1.1724.
Le 4 janvier, Monseigneur de La Berchère, archevêque de Narbonne et président-né des Etats de Languedoc proposa à cette assemblée de faire écrire les annales de cette Province. Cette proposition fut accueillie avec enthousiasme. Telle fut l'origine de l'ouvrage de Dom Devic et de Dom Vaissète, écrit entre 1715 et 1745, Histoire générale de Languedoc.
1710-1717Priorat de Dom Jean-Baptiste Floirac, mort à St Martin de Marmoutiers le 22.8.1749
1717-1720Priorat de Dom Jean-Louis Floirac, mort à St Denis le 17.5.1743
1720-1722Priorat de Dom Jérôme Lafebvrière
1722-1758Fermeture provisoire du séminaire, par Dom Lafebvrière, saisissant le prétexte de la peste de Marseille
1722Priorat de Dom Dominique Lacoste
1722-1732Période de construction. 1722-1724, Extension du séminaire et construction de l'aile nord de la cour des Rouges (côté théatre). 1724-1728, construction de l'aile sud. 1732, construction de la maison abbatiale
1726-1728Priorat de Dom Jérôme Lafebvrière
1728-1733Priorat de Dom Jean Bouan
1733-1736Priorat de Dom Jérôme Lafebvrière, mort à Sorèze le 9.7.1739
1739-1745Priorat de Dom Dominique Lacoste, mort à Villeneuve lès Avignon le 2.4.1747. Charles François Denis d'Agay de Mion, est abbé commendataire en 1740
1739Mise en place de l'enseignement entièrement en français (une première en France)
1745-1748Priorat de Dom Jean-Baptiste Bartet
1748Priorat de François Bernard, mort à La Daurade le 27.9.1772
1751-1757Priorat de Dom Jean-Baptiste Bartet, mort à La Daurade le 1.1.1767
15 janvier 1759Réouverture officielle, le jour de la Saint Maur, du séminaire par Dom Victor Fougeras, prieur de 1757 à 1760, mort à St Germain des Près le 3.6.1778. Inauguration du bâtiment des Rouges. Il y a 29 enfants cette année de réouverture.
1760-1766Priorat de Dom Charles La Croix, mort à Bagnères le 25.7.1780
1761Début des Exercices annuels, qui dureront jusqu'au second empire
ca 1765L'ancien vivier des moines est transformé en piscine
1766-1769Priorat de Dom Edmond-Nicolas Despaux
1769-1771Priorat de Dom Antoine Lasserre, mort à Pau le 7.1.1779
1771-1772Priorat et direction de Dom Jean Tournières
1772-1791Priorat de Dom Raymond Despaulx, mort à Paris le 13.10.1818
1773-1779Grands travaux. 1773, façade ouest de la cour des Rouges (donnant sur la rue Saint Martin). 1778, bâtiment des dépendances (actuel hôtel). 1779, manège couvert. 1782, cour d'honneur et son portail.
177628 mars, Sorèze, sous le priorat de Dom Despaulx, devient Ecole Royale Militaire, comme 11 autres. Arrivées de 50 boursiers (1 de l'Ecole Militaire de Paris et 49 de La Flèche), les "Royaux"
177723 juin, visite du Comte de Provence, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII
1790Suppression des ordres religieux à voeux solennels
179123 juillet, départ de Dom Despaulx et de la majorité des bénédictins
1791Dom François Ferlus devient directeur de l'Ecole
17922 septembre, Dom Louis Barreau de la Touche, moine bénédictin de Sorèze, est guillotiné à Paris, place des Carmes. Il a été béatifié par Pie XI le 17 octobre 1926. Etait professeur de mathématiques à l'Ecole.
17939 Septembre, suppression des écoles militaires
17965 Septembre, rachat de l'Ecole par Dom François Ferlus
181211 juin, décès de François Ferlus
1812-1824Sorèze est sous la direction du frère de François Ferlus, Raymond-Dominique, père de la Doctrine chrétienne, né à Castelnaudary en décembre 1756
1824-1840La direction est prise par Anselme De Bernard, polytechnicien, ancien élève de Sorèze et gendre de Raymond-Dominique Ferlus
1840-1848L'Abbé Marc-Antoine Gratacap, directeur, ayant acheté l'Ecole aux gendres de Raymond-Dominique Ferlus
1844L'abbé Gratacap fait construire la chapelle, qui sera consacrée en 1850
184525 juin, création à Paris, aux "Frères Provençaux", du Comité Central Sorézien, ancêtre de l'Association Sorézienne (**)
1848-1854L'Abbé Jean-François Bareille, directeur
185423 juin, le Père Lacordaire, qui vient de fonder deux ans plus tôt le Tiers-Ordre Enseignant, visite l'Ecole
18548 août, Arrivée du Père Lacordaire
185426 novembre, Plantation du grand cèdre
185712 août, inauguration de la salle des fêtes (Salle des Illustres) par le Père Lacordaire. S'y tenaient les réunions de l'Athénée (*).
1857Fêtes du premier Centenaire de la réouverture. Lacordaire fait installer les statues de Louis XVI et de Pépin aux endroits où elles sont toujours.
1859Lacordaire fait l'acquisition de l'abbatiale et de la cour d'entrée, actuellement cour Lacordaire, et fait ériger les grilles de fer forgé
185914 Novembre, décès d'Anselme De Bernard
18602 février, Lacordaire élu à l'Académie Française, au fauteuil de Tocqueville
1860Lacordaire cède à la municipalité, contre une portion de l'ancien chemin de Sorèze à Arfons, longeant le parc, une partie du terrain de l'école pour la construction de l'église paroissiale, qui sera consacrée le 26 juin 1864
186121 novembre, décès du Père Lacordaire
1861-1875L'abbé Charles-Vincent Mourey, directeur
186222 février, les Dominicains quittent Sorèze
1875Suppression des Exercices.
1875-1882Les Dominicains reprennent la direction de l'Ecole, pour peu de temps. Le Père Ligonnet est directeur, puis prieur de 1875 à 1879
1875-1891Direction du Père Marie-Lucien Reynier, prieur de 1879 à 1883
1882-1904Les lois de 1882 et de 1904 ont pour conséquence l'exil des Dominicains, la direction de l'Ecole est confiée à des prêtres séculiers
1883-1886Le Père Ligonnet est supérieur
1886-1894Le Père Hyacinthe Mothon est supérieur
188823 juillet, inauguration de la statue du Père Lacordaire
1888Vente des 8 tapisseries d'Aubusson
1891-1898Direction du Père Marie-Stéphane Guillebeau
1894-1895Le Père Dominique Guyot est supérieur
1895-1901Le Père Joseph Raynal est supérieur, fin de l'aménagement de la Salle des Illustres
1898Direction du Père Henri-Jules Ferraud
1898-1902Direction du Père Marie-Lucien Reynier
1902-1904Direction du Père Antoine-Paul Pradet
1902-1922Gaston Serres de Gauzy, parent d'élèves au XIX et XXème siècles, est président du Conseil d'Administration.
1903Priorat du Père Hyacinthe Bauduin
1903-1905Abbé Blaise-Joseph Carrié, supérieur
1904-1911Direction de Monsieur Joseph Faure-Bondat
1905-1907Père Joseph Raynal, supérieur
1911-1913Direction de l'abbé Jacques Canton, supérieur
Début 20ème siècleConstruction des bâtiments des Jaunes et des Bleus
1913-1916Direction de l'abbé Jean-Louis Nodin, supérieur
1916-1922Direction de l'abbé Alphonse-Pierre Auguste, supérieur
Septembre 1921Retour des Dominicains
1921-1932Priorat du Père Marie-Raphaël Gache
1923Pentecôte, inauguration du Monuments au Morts dans anciens élèves
192924 février, incendie au-dessus des cuisines. Evacuation des dortoirs. Les traces de cet incendie sont encore visibles en 2000.
1923-1947Direction de l'abbé Joseph-Pierre Charles
1933-1942Priorat du Père Etienne Audouard
1942-1949Priorat du Père Marie-Louis Deysson
1949-1953Priorat du Père Thomas Lacrampe
194827 novembre, visite de Mgr Angelo Roncalli, Nonce apostolique en France et futur Jean XXIII
1947-1954Direction de Monsieur Achille Fraissé
1953-1957Priorat du Père Benoit Mayrand
1957-1966Priorat du Père Georges Montserret
1954-1958Direction du Père Jean Milleret
1958-1960Direction du Père Bernard Dastarac
1959Fêtes du Bicentenaire de la réouverture de l'Ecole par Dom de Fougeras.
1960-1966Direction du Père Georges Montserret, prieur de 1957 à 1966
1961Fêtes du Centenaire de la mort du Père Lacordaire.
1966-1970Direction du Père Henri-Dominique Laxague, prieur de 1966 à 1969
1969-1970Père Marie-Emmanuel Debroise, supérieur
1970-1972Direction de Monsieur Fernand Miquel
1970-1971Père Jean Connault, supérieur
1971-1972Père Raphaël Lamolle, supérieur
1972-1973Père Jean Connault, supérieur
1972-1974Direction de Monsieur Jean Fraissé
1973-1974Père Rémi Houdre, supérieur
1974-1978Père Dominique Frémin, supérieur
1974-1977Direction du Père Montserret
1976Fêtes du Bicentenaire de la création de l'Ecole Royale Militaire.
1977-1978Direction de Monsieur Bernard Serres
1978Direction de Monsieur Perroteau
1978Départ des Dominicains, la direction de l'Ecole est tenue par des laïcs
1978-1981Direction de Monsieur Gérard Bedel
1981-1985Direction de Monsieur André Fraissé
198216 octobre, fêtes du Tricentenaire de l'Ecole (1682-1982). Conférences du Doyen Godechot, de Jean Guitton et de Jean Mistler.
1985-1986Direction de Melle Monique Chaffanjeon
1986-1990Direction de Monsieur Jacques Fabre de Massaguel
198719 et 21 février, célébration de Frédéric Bastiat, ancien élève, fondateur de l'Ecole économique libérale française. Cérémonie à laquelle assista Valéry Giscard D'Estaing et Mr Alain Madelin, ministre de l'industrie. Inauguration du buste de Bastiat.
198821 et 22 novembre (Ste Cécile), Commémoration du millénaire capétien, sous la présidence de Mgr Le Duc d'Anjou
1990-1991Direction de Madame Martine Cuttier
1991Fermeture de l'Ecole. Dépôt de bilan le 21 janvier 1991. Le Tribunal de Commerce ....................................
199217 octobre, transfert de la dépouille Lacordaire dans l'église paroissiale
1993Reprise des murs par le "Syndicat mixte pour l'acquisition et la préservation de l'Abbaye-Ecole de Sorèze", constitué le 29 mars 1993 par décret préfectoral.

* Les sociétés littéraires furent fondées dans le deuxième moitié du 19ème siècle : l'Athenée (les Rouges), le Portique (les Bleus), l'Académie (les Jaunes), la petite Académie (les Verts).

** Le Comité central Sorézien, créé en 1845, est l'ancêtre de l'Association Sorézienne. L'idée d'un banquet rassemblant les anciens était évoquée depuis quelque temps.

Le premier banquet est honoré par la présence du doyen d'age, M. FORGUES, 84 ans, entré à l'Ecole en 1770. Un livre, "Banquet des Anciens Eleves de l'Ecole de Soreze", est imprimé par l'Imp. Lévy, à paris, en 1845.

En 1847, le banquet de Castelnaudary réunit 22 anciens, et celui d'Alger 11.

Les banquets sont interrompus après les évènements de 1848.

Armand Barbès est au banquet de Paris le 11.5.1848. Voir "Quatrième banquet à Paris des Anciens Elèves de l'Ecole de Sorèze", imprimerie Lange-Levy à Paris, 1848. Très vivante les premières années, elle sommeille après 1848.

Cependant, le 14 mai 1856, le P. Lacordaire écrivait à Madame Swetchine : "Nous avons demain une grande fête que nous appelons la fête de l'Association Sorézienne. Quelques-uns de nos anciens élèves viennent nous voir, et nous leur préparons une réception cordiale et animée. Il en sera de même tous les ans à cette époque, s'il plaît à Dieu...".
En 1866, quelques anciens Soréziens habitant Toulouse avaient pris l'habitude de se réunir dans un café de la place du Capitole où on mettait une salle à leur disposition. C'était au café Malbec devenu aujourd'hui (1932) le café Bibent. M. Joulia, l'initiateur, avait ainsi groupé plus de 40 membres et tous les Soréziens de passage ne manquaient pas de venir s'y reposer et saluer leurs camarades. Le nombre allait croissant et M. Joulia eut alors l'idée de transformer ce cercle en Association. L'idée fut approuvée à l'unanimité et le premier Champagne coula en l'honneur de l' "Association Sorézienne". Malheureusement survint la guerre de 1870 qui interrompit l'oeuvre ébauchée et "le petit grain de sénevé de 1866 est devenu en 1882 un grand arbre où tous les oiseaux du ciel de Sorèze viennent s'abriter" (propos d'Urbain Joulia le 23 avril 1932).
Un soir d'hiver de 1882, neuf de nos anciens camarades se réunissaient en un studieux entresol dont les fenêtres s'ouvraient sur la paisible rue des Tourneurs, à Toulouse, dans les locaux de la librairie Privat, et rédigeaient un message de bonne camaraderie, destiné à émouvoir tous ceux qui, comme nous, ont rêvé, travaillé, vécu, ne fût-ce qu'en passant, à l'ombre du clocher sorézien. Le manifeste était signé par Joseph Azam, Saint Cyr Breilh, Delpech-Cantaloup, A. Noël, De Laplagnolle, Bertrand Doat, Josy Fabre, Paul Privat. Peu de jours après, 181 soréziens avaient paraphé de leur volonté d'adhésion la liste ouverte chez Privat. Le 16 mars 1882, l'Association Sorézienne tenait sa première assemblée, rue Antoine du T et, sous la présidence du comte de Milhau, les statuts librement discutés, analysés, fixés dans leur rédaction définitive, étaient votés par acclamation.
L' Association Sorézienne était lancée.
Parmi les autres initiateurs, il y avait Charles Fabre, Victor Boyer, Urbain Joulia. Le premier secrétaire fut Josy Fabre, et son adjoint Bertrand Doat.

Mais un projet du 5.2.1882 prend corps, et au cours du banquet sorézien de 1884, nait l'idée d'élever une statue au Père Lacordaire. C'est au sein de l'Association que se crée le Comité chargé d'organiser les fêtes de 1888, au cours desquelles la statue sera inaugurée.
En effet, L'ancien élève Jules Lacointa, avocat général à la Cour de cassation, organise, sous la présidence d'Henri Serres de Gauzy, une commission, composée de Soréziens et lance une souscription publique, rapidement couverte, et confie le soin de l'oeuvre à éxécuter au ciseau du jeune sculpteur lyonnais F. Girardet. Heureux choix, comme en témoigne le résultat.

C'est au cours de grandes fêtes de ce 23 juillet 1888, en présence de l'archevêque d'Albi, des évêques de Montpellier et de Cahors, du Duc de Broglie, De Serres de Gauzy, président du Comité pour la statue, de Paul Granel, sergent-major et d'une foule immense, que la statue est dévoilée à 15 heures au milieu de la cour où elle trône encore. L'enfant aux côtés du Père Lacordaire est Emmanuel Barral de Barret, le futur RP Barral. La statue a été sculptée dans le marbre, par le lyonnais Girardet. A 19 heures, un banquet de 3000 couverts, organisé par les membres de l'Association Sorézienne a lieu dans la grande salle des fêtes de l'Ecole. A la table d'honneur, prenaient place les trois prélats, le Duc de Broglie et les invités. Les autres tables étaient occupées par les anciens élèves, groupés par rang d'ancienneté. La parole est donnée à M. de Lahondès, vice-président de l'Association Sorézienne, chargé de remettre la médaille d'or que les anciens soréziens décernent chaque année au plus méritant de leurs jeunes camarades, ce fut Paul Granel, sergent-major, reçu bachelier es lettres quelques jours plus tard.

En 1904, l'Association Sorézienne dépose ses statuts à Toulouse, et établit son siège à la Librairie Edouard Privat, 14 Rue des Arts à Toulouse. Les précédents furent déposés le 30 avril 1882 et le 30 janvier 1885 à Toulouse.

En 1912, les Anciens se comportant sans aménité, les Fetes de Ste Cécile et de Pentecôte sont annulées.

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